LES NOUVELLES CALEDONIENNES, October 31, 2009
By Jacquotte Samperez
(This is a translation of an article published in Les Nouvelles Caledoniennes, a French-language daily newspaper in New Caledonia, during a USW delegation’s visit to the French territory)
In the face of the global economy, the labour movement is seeking internationalization. In Canada, 3,500 workers at Vale Inco are currently on strike. Their union, the United Steelworkers, has launched a crusade to visit every Vale Inco site on the planet, for the purpose of forging alliances. In New Caledonia, union representatives met with the unions that represent the workers at the plant located in the south.
Their powerful union is called “Les Métallos” (i.e. the “steel workers’ union”). For the past three and a half months, 3,500 workers at Vale Inco in Canada have been engaged in an arm-wrestling contest with the Brazilian multinational that absorbed Inco, Canada’s mining giant, which initiated the Goro Nickel project in Caledonia.
Most of the strikers are based at the industrial site in Sudbury, Canada. Several others are at Voisey’s Bay. They are accusing the Vale group of taking advantage of the global crisis and lower profits to make underhanded cuts in employees’ wages, pension plans and social assistance programs. They are also organizing visits to all of Vale Inco’s sites in Brazil, Indonesia, Australia and New Caledonia, to create a sort of worldwide alliance between the various unions that represent the multinational corporation’s employees.
A delegation comprising several United Steelworkers representatives is currently travelling in New Caledonia. On Thursday, they met with the USOENC union, and yesterday they visited the headquarters of the Force Ouvrière (FO) trade union. Before leaving, they are also scheduled to meet with the leaders of the USTKE union. In conducting these meetings, the Steelworker representatives hope not only to garner support among the Caledonian unions for their strike, but also to make the unions aware of human resources management methods which they feel are being guided by the rules of power relationships.
“What is happening to us could happen to you.”
“I have been working at Inco for 34 years,” says Bernard Arseneau, a Steelworker based in Sudbury, “and I have never seen management act with as much enmity as it has since the Brazilians took over Vale. Inco has been in Sudbury for a hundred years. Since Vale’s arrival, subcontractors and stores have gone out of business. Our community has become fragmented, torn apart by their division strategies. Now they want to lower wages (salaries), pension benefits (retirement) and bonuses. This city, which used to be such a wonderful place to live, is little by little becoming a disaster area. However, Vale Inco’s earnings reached more than $13 billion in 2008, and its top executives increased their compensation by 121% in two years!”
And how does this relate to the plant in the south? “What is happening to us could happen to you,” warn the Canadian Steelworkers. The Force Ouvrière trade union points its finger at a causal relationship between the difficulties experienced in starting up the plant, the incidents and accidents that have occurred, and human resources policies that are deemed “cavalier.”
“Many workers are leaving, mainly to go work at the plant in the north. So we are seeing brand new, inexperienced operators, trained much too quickly on how to use the equipment, conducting start-up tests. If this continues, major problems will occur.”
Strikes are rare but intense
In North America as in many other countries (especially Germany), the union culture, approaches to social dialogue and strike practices are radically different from those seen in France and Caledonia.
First, legislation and public authorities make no stipulations, or barely any: no minimum wage, no legal holidays, no mandatory social insurance. Vested rights are not dogma, and negotiations often lead to higher wages, although occasionally wages are reduced. In fact, everything must pass through the unions, which are extremely powerful because everyone is a member and everyone contributes. Unions are very much a type of social insurance.
In this type of social organization, collective bargaining is the rule, and conflict is the exception. However, when a strike is called, it can carry a very heavy toll. In 1978, the United Steelworkers led an eight-and-a-half-month strike at Inco, in Canada. In 1982, the arm-wrestling match lasted ten and a half months and, in 2003, three months.
Therefore, this three-and-a-half-month strike does not frighten the union. The union has the means to support the strikers and to meet their needs for a long period of time. However, the union’s leaders say that what does worry them is “Vale Inco’s attempt to run the plant with office staff turned into steel workers and trained in haste.”
The delegation from the Canadian union is seeking not only to obtain the support of the Caledonian unions for their strike, but also to make them aware of the human resources management methods that are being used.
( Following is the original, French-language version of this article as it appeared in LES NOUVELLES CALEDONIENNES, October 31, 2009:)
Des syndicalistes canadiens en croisade contre Vale Inco
Face à une économie mondialisée, le syndicalisme tente de s’internationaliser. 3 500 salariés de Vale Inco sont en grève au Canada. Leur syndicat United Steel Workers est parti en croisade sur tous les sites Vale Inco de la planète, pour y tisser des alliances. Étape en Calédonie avec les syndicats représentatifs du personnel de l’usine du Sud.
Leur syndicat, leur puissant syndicat, s’appelle United Steel Workers. Traduisez, « l’union des travailleurs de la métallurgie » . Depuis trois mois et demi maintenant, 3 500 salariés de Vale Inco au Canada ont engagé un bras de fer avec la multinationale brésilienne qui a absorbé Inco, le géant de la mine du Canada, à l’origine du projet de Goro Nickel en Calédonie.
L’essentiel des grévistes se trouve sur le site industriel de Sudbury au Canada. Quelques autres sont à Voisey’s Bay. Ils accusent le groupe Vale de profiter de la crise mondiale et de la baisse de ses bénéfices pour opérer des coupes sombres dans les salaires, dans les pensions de retraite et dans la couverture sociale des employés. Et ils organisent une tournée mondiale dans l’ensemble des sites de Vale Inco, au Brésil, en Indonésie, en Australie et en Nouvelle-Calédonie, pour créer une sorte d’alliance planétaire entre les différents syndicats représentatifs des salariés de la multinationale.
Une délégation de plusieurs responsables de United Steel Workers séjourne actuellement en Calédonie. Jeudi, ils ont rencontré l’Usoenc, hier, ils étaient au siège de FO. Et avant de repartir, ils doivent se réunir avec les responsables de l’USTKE. La démarche vise à la fois à obtenir le soutien des syndicats calédoniens dans leur grève, mais aussi à les avertir des méthodes de gestion de personnel qu’ils estiment soumises à la seule loi du rapport de force.
« Ce qui nous arrive risque de vous arriver »
« Voilà 34 ans que je travaille chez Inco » raconte Bernard Arseneau, un métallo de Sudbury, « et jamais je n’avais vu la direction se conduire aussi brutalement que depuis l’absorption par les Brésiliens de Vale. Il y a un siècle qu’Inco est à Sudbury. Depuis l’arrivée de Vale, des sous-traitants ferment, des magasins aussi. Notre communauté est fragilisée, déchirée par leurs stratégies de division. Aujourd’hui, ils veulent baisser les gages (les salaires), les pensions (les retraites), les bonus. Cette ville où il faisait bon vivre est de plus en plus sinistrée. Mais Vale Inco a gagné plus de 13 milliards de dollars en 2008, et les principaux dirigeants ont augmenté leur rémunération de 121 % en deux ans ! »
Et quel rapport avec l’usine du Sud ? « Ce qui nous arrive risque de vous arriver » avertissent les métallos canadiens. À Force ouvrière, on pointe du doigt un lien de causalité entre les difficultés de mise en route de l’usine, les incidents et accidents, et une politique de ressources humaines jugée cavalière.
« Beaucoup de gens partent, notamment vers l’usine du Nord. Et l’on voit des opérateurs fraîchement débarqués, rapidement formés au matériel, se livrer à des tests de mise en route. Si ça continue comme ça, le gros pépin va arriver. »
Des grèves rares, mais très dures
En Amérique du Nord comme dans de nombreux autres pays, (l’Allemagne notamment) la culture syndicale, l’approche du dialogue social et la pratique de la grève sont radicalement différentes de ce qui se fait en France et en Calédonie.
D’abord, la loi et les pouvoirs publics ne prévoient rien ou presque. Ni salaire minimum, ni congés légaux, ni assurance sociale obligatoire. Les avantages acquis ne sont pas un dogme et les salaires se négocient souvent à la hausse, parfois à la baisse. En fait, tout passe par les syndicats, qui sont hyperpuissants parce que tout le monde y adhère et cotise. C’est une véritable assurance sociale.
Dans ce type d’organisation sociale, la négociation est la règle, le conflit est l’exception. Mais quand on en arrive à la grève, c’est du lourd, du très lourd. En 1978, United Steel Workers a mené une grève de huit mois et demi à Inco, au Canada. En 1982, le bras de fer a duré dix mois et demi. En 2003, trois mois.
Autant dire que les trois mois et demi d’arrêt de travail comptabilisés à ce jour n’effraient pas le syndicat. Il a les moyens de tenir et de subvenir aux besoins des grévistes pendant longtemps. Ce qui l’inquiète en revanche, c’est, affirment ses responsables, « la tentative de Vale Inco de faire tourner l’usine avec des employés de bureau reconvertis en métallos et formés à la hâte ».
- Jacquotte Samperez








